Sunday, April 25, 2010

Same day -4

Des démons me tournent encore autour du coup. Il est 22:45, et une vieille faille laisse s'échapper une odeur de poussière humide. C'est le début de la nuit qui enveloppe le motel. La chambre est noyée du calme et de la noirceur de la route de fin de soirée, après les nouvelles de 22h00. Je viens de fermer la télé. Les réverbères tracent des filets de lumière jaunâtre à travers la fenêtre. Le spectre tranche le noir jusqu'à mon corps, nu étendu sur le lit, sur mon ventre, mou et large, qui frissonne légèrement à cause du poil qui lui chatouille la peau. La chambre est une pièce sombre. Quelques morceaux de jour reposent presque indistinctement, chacun à leur place: la télé au pied du lit, la cafetière sur la table de chevet, le petit divan vert au coin de la chambre, près de la fenêtre. Le verrou est sur la porte, et je regarde le plafond noir. Il fait froid. Je fixe cette fissure et j'ai le coeur qui bat. Il bat fort. Il se débat et mon corps se rabat. Une voiture vient de passer, et je pense au conducteur ivre de vie qui souffre à sa façon, en passant sous les toiles de lumières jaunâtres, savourant la route qu'il avale kilomètre après kilomètre.
La voiture est rendu loin.
Des voix passent près de la porte et communiquent entre elles. Ma tête se tourne vers cette porte blanche mécaniquement et mes yeux focalisent sur l'œil de bœuf. Une des voix parle fort, aigue, raconte quelque chose et l'autre plus grave acquiesce en faisant des hmm hmm. Puis les sons s'évanouissent. La fissure me parle silencieusement. Elle chuchote quelque chose, une histoire, un compte, une théorie scientifique... ou peut-être me raconte-t-elle un film? Mais j'ai l'esprit ailleurs... comment je vais payer cette chambre de motel?